L’anglais à l’ISEM : plus un luxe, un levier stratégique pour former les cadres maritimes de demain !

Formation et Réglementation
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Le français pour les études maritimes est-il devenu désuet par la force des choses? Dans un secteur maritime où les navires, les équipages, les ports, les normes et les chaînes logistiques fonctionnent de plus en plus à l’échelle mondiale, la maîtrise de l’anglais n’est plus un luxe académique.

Elle devient une compétence professionnelle centrale. Pour l’Institut Supérieur d’Études Maritimes (ISEM), l’introduction progressive de l’anglais dans les cursus de formation s’inscrit ainsi dans une évolution naturelle : celle d’un établissement appelé à renforcer son positionnement national, africain et international dans les métiers de la mer, des ports, de la logistique et du transport maritime.

L’enjeu dépasse largement la question linguistique. Former en anglais, ou du moins renforcer fortement l’anglais maritime dans les parcours, revient à rapprocher les étudiants marocains des standards internationaux de la profession. La navigation, la sécurité maritime, les communications radio, la documentation technique, les manuels d’équipements, les conventions internationales, les procédures portuaires ou encore les échanges avec les armateurs et les autorités étrangères reposent très souvent sur l’anglais. À bord comme à terre, cette langue constitue le socle commun des opérations maritimes internationales. En effet, L’OMI rappelle que l’anglais constitue la langue commune retenue pour les besoins de la navigation lorsque des barrières linguistiques peuvent créer des risques, notamment à travers les Standard Marine Communication Phrases. La convention STCW fixe des standards internationaux de formation, de certification et de veille, tandis que le Code STCW mentionne explicitement l’anglais écrit et parlé pour les communications liées à la sauvegarde de la vie humaine en mer

Pour l’ISEM, l’avantage est d’abord professionnel. Un officier de la marine marchande ou un cadre portuaire capable de travailler en anglais dispose d’une meilleure mobilité sur le marché mondial de l’emploi. Il peut intégrer plus facilement des compagnies internationales, collaborer avec des équipages multinationaux, participer à des projets portuaires transfrontaliers ou poursuivre des formations spécialisées à l’étranger. Dans un environnement où les carrières maritimes se construisent de plus en plus entre mer, ports, logistique, assurance, affrètement, sécurité et management, l’anglais devient un accélérateur d’employabilité.

L’avantage est aussi opérationnel. En mer, la précision du langage peut être une question de sécurité. Les situations d’urgence, les manœuvres, les communications navire-navire, navire-terre ou avec les centres de trafic maritime exigent des formulations claires, standardisées et immédiatement comprises. L’anglais maritime n’est donc pas un anglais général : c’est une langue technique, codifiée, adaptée aux contraintes de la navigation, de la sécurité et de la gestion des risques. L’intégrer davantage dans les cours, les simulateurs, les exercices pratiques et les évaluations permettrait de rapprocher encore plus la formation des conditions réelles d’exploitation.

Sur le plan académique, l’anglais ouvre également l’accès à la recherche, à l’innovation et aux partenariats internationaux. Les grandes publications scientifiques, les travaux sur la décarbonation maritime, la digitalisation portuaire, les carburants alternatifs, la cybersécurité maritime ou l’automatisation des navires sont largement produits et diffusés en anglais. Pour un institut qui ambitionne de développer la recherche scientifique et technique, cette dimension est déterminante. Elle permet aux enseignants-chercheurs et aux étudiants de participer plus activement aux réseaux internationaux, aux conférences spécialisées et aux projets de coopération.

Les benchmarks internationaux montrent que les grands établissements maritimes ont déjà fait de l’anglais un outil structurant de formation. La World Maritime University, institution de référence basée à Malmö, propose un programme spécialisé en anglais maritime et compétences académiques destiné à préparer les étudiants à la réussite dans les études supérieures et dans la vie professionnelle maritime. En Égypte, l’Arab Academy for Science, Technology and Maritime Transport intègre l’anglais dans ses formations maritimes, avec des modules dédiés au Maritime English et des exigences linguistiques à l’admission. Au Royaume-Uni, Warsash Maritime School insiste sur la maîtrise de l’anglais technique écrit et oral pour l’accès aux programmes d’officiers. En Australie, l’Australian Maritime College impose des niveaux d’anglais mesurés par des tests internationaux pour plusieurs formations maritimes. À Singapour, la Singapore Maritime Academy inscrit également la compétence linguistique dans ses critères d’entrée, dans un environnement où la formation maritime est directement connectée aux besoins d’une place portuaire mondiale.

Ces exemples indiquent une tendance de fond : les instituts maritimes performants ne traitent pas l’anglais comme une matière périphérique, mais comme une compétence transversale. L’objectif n’est pas seulement de parler anglais, mais de travailler en anglais : lire une carte, comprendre un bulletin météo, appliquer une procédure de sécurité, rédiger un rapport d’incident, échanger avec un VTS, préparer une inspection, présenter un projet logistique ou défendre une analyse technique.

Pour l’ISEM, la voie la plus pertinente serait celle d’un bilinguisme stratégique et progressif. Il ne s’agit pas de rompre avec les acquis francophones ou arabophones de la formation marocaine, mais d’ajouter une couche internationale à forte valeur professionnelle. Certains modules pourraient être renforcés en anglais, notamment la navigation, la sécurité maritime, la communication radio, la logistique internationale, le droit maritime, la gestion portuaire, la maintenance navale et les nouvelles technologies maritimes. Les simulateurs pourraient devenir un espace privilégié d’immersion linguistique, avec des scénarios réalistes en anglais maritime.

Cette transition suppose toutefois des conditions de réussite. Elle nécessite un diagnostic du niveau linguistique des étudiants à l’entrée, des modules de remise à niveau, une formation des enseignants, des supports pédagogiques adaptés et une progression par étapes. Sans accompagnement, l’anglais peut devenir un facteur d’inégalité entre étudiants. Avec une stratégie claire, il peut au contraire devenir un puissant outil d’inclusion professionnelle, en donnant aux futurs cadres maritimes marocains les moyens de s’imposer dans un marché globalisé.

L’utilisation renforcée de l’anglais à l’ISEM apparaît ainsi comme un choix stratégique. Elle consolide la sécurité, améliore l’employabilité, favorise la recherche, renforce l’ouverture internationale et aligne la formation marocaine sur les standards des grands pôles maritimes mondiaux. Dans un pays qui ambitionne de consolider sa place dans les chaînes maritimes et logistiques internationales, investir dans l’anglais maritime revient à investir dans la compétitivité humaine du secteur. Car, demain plus encore qu’aujourd’hui, la performance maritime ne se jouera pas seulement dans les ports, les navires et les infrastructures, mais aussi dans la capacité des femmes et des hommes à dialoguer, décider et opérer dans la langue commune du commerce maritime mondial.

Force est de relever que l’ISEM affiche parmi ses orientations stratégiques l’introduction de l’anglais dans ses différents cursus. Reste de passer à l’action !

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