Immobilisé depuis un an sur la plage de Mohammedia, le navire LINDEN illustre les limites réglementaires du Maroc face à la multiplication des incidents impliquant des navires en difficulté, soulevant des interrogations majeures sur la prévention des risques maritimes et la protection du littoral.
Le navire LINDEN célèbre aujourd’hui un anniversaire dont les autorités portuaires et maritimes se seraient bien passées. Échoué depuis le 29 janvier 2025 sur les côtes de Mohammedia, ce bâtiment demeure immobilisé depuis près d’un an, sans solution opérationnelle définitive, en raison d’un enchevêtrement juridique qui empêche son évacuation. Cet épisode met en évidence l’absence d’un cadre réglementaire clair et efficace permettant au Maroc de traiter rapidement les situations de navires en panne, abandonnés ou présentant un risque potentiel pour l’environnement et la sécurité maritime.
Le pétrolier russe qui était récemment à la dérive au large des côtes de Tanger aurait pu causer une grave catastrophe environnementale dans le Détroit de Gibraltar s'il n'avait pas été pris en charge par des 4 remorqueurs de Tanger Med et dirigé vers le large.
La multiplication de ces incidents alimente aujourd'hui les inquiétudes quant à la présence croissante de « navires poubelles » le long des côtes marocaines. Le pétrolier russe Chariot Tide constituait ainsi le sixième navire en deux ans susceptible de présenter un risque grave pour le littoral national. Une tendance préoccupante qui interpelle sur l’attractivité involontaire des eaux marocaines pour des bâtiments vieillissants ou insuffisamment entretenus.
La question centrale reste celle de la politique nationale de prévention et de traitement de ces incidents. Quel dispositif réglementaire appliquer ? Quelle célérité dans la prise de décision ? Et surtout, quels leviers coercitifs pour dissuader les armateurs peu scrupuleux de faire naviguer des navires à haut risque à proximité des côtes marocaines ? Autant d’interrogations qui appellent à un renforcement du droit maritime marocain, afin de doter le pays d’outils juridiques clairs, efficaces et dissuasifs pour protéger durablement son littoral et ses installations portuaires.
Pour rappel, les trois dernières années ont été marquées par une succession d’opérations d’assistance maritime révélatrices d’un risque structurel persistant. De l’échouement du cargo Livana à Marina Smir en février 2023, dont le démantèlement a coûté plus de 30 millions de dirhams, à celui de l’AGT 01 à Aïn Sebaâ quelques mois plus tard, en passant par l’intervention in extremis sur le vraquier White Labeille au large de Sidi Bouzid en décembre 2024, puis l’échouement prolongé du cargo Linden près du port de Mohammedia en janvier 2025, les incidents se sont enchaînés. À cela s’ajoutent l’opération de sauvetage du navire HASKAL, chargé d’ammonitrate, en rade de Jorf Lasfar en décembre 2025, et l’assistance en haute mer du pétrolier Chariot Tide au large de Tanger Med en janvier 2026.
Cette série traduit une moyenne d’un incident majeur par semestre, sans compter ceux non répertoriés, faisant planer le risque qu’un prochain événement échappe à toute maîtrise. Si l’un de ces épisodes avait dégénéré, les dégâts auraient pu atteindre l’ampleur des catastrophes de l’Erika ou du port de Beyrouth. Jusqu’ici, les réponses sont restées essentiellement correctives, sans véritable stratégie de prévention à la hauteur des enjeux.
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