Aires marines protégées : élargir la superficie en conciliant préservation et création de valeur

Economie Bleue
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L’atelier participatif organisé à Nador marque une nouvelle étape dans la mise en œuvre de la planification de l’espace maritime au Maroc. La démarche consiste à ne plus gérer séparément la pêche, l’aquaculture, le transport maritime, le tourisme et la protection de l’environnement, mais à organiser leur coexistence sur un même territoire.

Le diagnostic des habitats sensibles, des zones de reproduction et de nurserie ainsi que des conflits d’usage doit servir de base à un zonage concerté, tenant compte à la fois des exigences écologiques et des réalités économiques de la province.

Les dernières données disponibles montrent toutefois l’ampleur du chemin à parcourir. Selon les données actualisées en juillet 2026 par Protected Planet, la base mondiale administrée par le Programme des Nations unies pour l’environnement et l’UICN, les espaces marins et côtiers protégés enregistrés pour le Maroc couvrent environ 758 km², soit seulement 0,27 % de son espace marin et côtier. Ce taux reste éloigné de l’objectif mondial visant à protéger 30 % des mers et des océans à l’horizon 2030. Il doit néanmoins être interprété avec prudence, car les bases internationales peuvent enregistrer avec retard certaines créations nationales ou ne pas intégrer l’ensemble des dispositifs de conservation appliqués localement.

Le Royaume a engagé plusieurs initiatives pour élargir ce réseau. Le Programme de développement de l’économie bleue prévoit notamment la création de trois aires marines protégées à Agadir, Larache et au cap des Trois Fourches, pour une superficie cumulée cible de 61 500 hectares. L’aire marine protégée d’Agadir a été officiellement créée par décret, tandis que les procédures concernant Larache et le cap des Trois Fourches sont toujours en cours. Ces projets prolongent l’expérience acquise avec les aires établies en 2014 à Alboran, Mogador et Massa.

En effet, l’enjeu dépasse la seule conservation de la biodiversité. En protégeant les frayères, les nurseries et les habitats indispensables au cycle de vie des espèces, les aires marines protégées peuvent favoriser la reconstitution des stocks et améliorer, à moyen terme, la productivité des zones de pêche voisines. En 2025, l’Institut national de recherche halieutique avait évalué 16 stocks de poissons, tandis que 18 724 hectares de zones conchylicoles étaient couverts par un suivi sanitaire. Ces données illustrent la nécessité d’appuyer les décisions de zonage sur la recherche scientifique et de coordonner la protection des ressources avec le développement d’une aquaculture durable.

Sur le terrain, la réussite de ces espaces dépendra cependant de leur gouvernance. Une aire marine protégée ne signifie pas nécessairement l’interdiction générale de toute activité : elle peut associer des zones de protection renforcée, des espaces de pêche réglementée, des sites aquacoles, des circuits écotouristiques et des couloirs réservés à la navigation. Le principal défi consiste à faire accepter ces règles par les pêcheurs, les collectivités et les investisseurs, en prévoyant des mécanismes d’accompagnement pour les professionnels affectés à court terme. Sans surveillance, moyens humains, financement durable et participation des communautés locales, une protection juridique risque de rester largement théorique.

Pour l’économie bleue marocaine, les aires marines protégées doivent donc être considérées comme des infrastructures naturelles productives. Les régions côtières concentrent déjà plus de la moitié du PIB et des emplois du pays, tandis que la dégradation des écosystèmes marins et littoraux représente, selon l’estimation reprise par la Banque mondiale, un coût annuel d’environ 260 millions de dollars. L’enjeu n’est plus seulement d’augmenter les superficies classées, mais d’en assurer une gestion effective, scientifiquement suivie et économiquement inclusive.