African Maritime Symposium : l’Afrique appelée à transformer son potentiel maritime en puissance économique

Economie Bleue
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Réuni à l’initiative du Policy Center for the New South, le 3ᵉ African Maritime Symposium a placé la question de l’économie maritime africaine au cœur des débats stratégiques. Experts, responsables institutionnels et universitaires ont insisté sur la nécessité pour le continent de dépasser le stade des stratégies théoriques pour construire une véritable puissance maritime fondée sur l’action, le financement et le capital humain.


La 3ᵉ édition de l’African Maritime Symposium, organisée par le Policy Center for the New South, a mis en lumière les défis structurels auxquels fait face l’Afrique dans la valorisation de son potentiel maritime et de son économie bleue. Lors de la séance d’ouverture, une phrase a particulièrement marqué les échanges : « L’Afrique ne sera pas jugée à la longueur de ses côtes maritimes mais à la profondeur de son économie maritime ».

Cette déclaration a donné le ton d’un symposium centré sur une conviction forte : les atouts géographiques du continent, bien qu’importants, demeurent insuffisants sans vision intégrée, gouvernance efficace et capacité de mise en œuvre. Les intervenants ont rappelé que l’Afrique dispose d’un vaste espace maritime, se situe au croisement des principales routes commerciales mondiales et compte plus de 100 ports, dont environ 45 jouent un rôle majeur dans les échanges commerciaux du continent.


Au-delà de ces avantages naturels, les débats ont surtout porté sur les limites qui freinent encore l’émergence d’une véritable puissance maritime africaine. Plusieurs participants ont souligné qu’après les indépendances, de nombreux pays africains ont progressivement tourné le dos à la mer, malgré quelques exceptions comme le Maroc, qui a conservé une tradition maritime historique et engagé d’importants investissements portuaires et logistiques.


Les échanges ont également mis l’accent sur la multiplication des stratégies continentales élaborées ces dernières années sous l’égide de l’Union africaine. Parmi elles figurent notamment la Stratégie maritime intégrée africaine 2050, la stratégie africaine de l’économie bleue ou encore différents instruments liés au développement des infrastructures et de la sécurité maritime. Toutefois, plusieurs intervenants ont estimé que la principale faiblesse réside moins dans l’absence de vision que dans l’incapacité à transformer ces stratégies en actions concrètes.


La question du financement a ainsi occupé une place centrale durant les discussions. Selon plusieurs experts, les projets maritimes africains restent encore fortement dépendants des financements extérieurs, alors que le continent gagnerait à développer progressivement ses propres mécanismes de financement adaptés à ses ambitions. Les participants ont plaidé pour une approche pragmatique fondée sur des projets progressifs mais structurants, capables de créer une dynamique durable.


Autre enjeu majeur soulevé lors du symposium : celui du capital humain. Les intervenants ont insisté sur la nécessité pour l’Afrique de repenser ses modèles de formation afin de mieux les aligner avec ses ressources naturelles et ses priorités stratégiques. Dans le domaine maritime, cela implique de développer davantage d’institutions spécialisées dans les métiers de la mer, de la logistique portuaire, du transport maritime, de la sécurité maritime et de l’économie bleue.


Les discussions ont également mis en avant le manque de coordination continentale entre les différents acteurs et initiatives africaines. Les participants ont appelé à une meilleure mutualisation des expertises entre pays africains afin de construire des synergies régionales plutôt que des approches isolées. Cette coopération apparaît d’autant plus importante dans un contexte international marqué par les recompositions géopolitiques et la montée des enjeux liés à la souveraineté maritime.


Dans ce cadre, la nécessité pour l’Afrique de parler d’une seule voix sur les questions maritimes a été largement soulignée. Les intervenants ont rappelé que l’intégration de l’Union africaine au G20 traduit une reconnaissance croissante du rôle stratégique du continent dans l’économie mondiale. Mais cette reconnaissance, ont-ils estimé, devra désormais s’accompagner d’une vision commune africaine capable de défendre les intérêts du continent dans les grandes négociations internationales liées au commerce, à la logistique, à l’énergie ou encore à l’économie bleue.


Le symposium a enfin été l’occasion de revenir sur les difficultés d’application de certains instruments africains pourtant considérés comme structurants, à l’image de la Charte de Lomé sur la sûreté et la sécurité maritimes et le développement en Afrique. Plusieurs intervenants ont regretté le faible niveau d’adhésion à cet accord pourtant présenté comme l’un des rares outils juridiquement contraignants élaborés à l’échelle continentale.