À l’occasion du SIPORT 2026 à El Jadida, la table ronde consacrée à l’économie bleue a offert une démonstration concrète de ce que pourrait être : agir dans le cadre du Nouveau Modèle de Développement (NMD en actes). La représentante du ministère de l’Économie et des Finances (MEF), Madame Siham Fellahi, coordinatrice de la Commission Interministérielle pour le Développement de l’Économie Bleue (CIDEB), a présenté une stratégie qui, point par point, incarne les principes de convergence, de synergie et d’action collective préconisée par le NMD.
Une économie systémique, résiliente et inclusive
J’ai été particulièrement impressionné par la synergie et la convergence des objectifs visés par la stratégie Blue Economy Morocco avec les orientations du Nouveau Modèle de Développement. Cette stratégie constitue le prototype même du déploiement du nouveau modèle, tant elle s’inscrit pleinement dans sa doctrine et dans ses leviers d’action.
L’économie bleue ne se résume pas à une addition de secteurs – pêche, aquaculture, ports, tourisme littoral, énergies marines etc…. Elle incarne une approche économique systémique, résiliente et durable. Elle a d’ailleurs montré, y compris durant la période COVID, sa capacité de résilience, mais aussi sa vertu d’intégration, d’inclusion et de maintien des dynamiques essentielles. C’est ce qui la distingue d’une lecture strictement sectorielle ou fragmentée ou des approches économiques linéaires et circulaires.
Un changement de paradigme porté par une gouvernance inédite
Au-delà de ses dimensions maritimes et de sa portée géopolitique de corridor de partenariats gagnant-gagnant inter africains, tel que vu par le souverain que dieu l’assiste, dans le cadre du développement de l’Afrique atlantique, l’économie bleue appelle, au niveau national, à sortir des logiques en silos pour entrer dans une approche systémique, territorialisée, inclusive et durable, fondée sur la convergence des stratégies, la synergie des acteurs, l’intelligence collective et la création de valeur ancrée dans les territoires.
C’est précisément ce que démontre la démarche actuellement pilotée par le ministère de l’Économie et des Finances. La CIDEB, créée dans le cadre du Program for Results (PforR) en rapport avec le programme PROBLUE la Banque mondiale. Il mobilise huit ministères autour d’un objectif commun : renforcer la gestion des ressources marines tout en intégrant développement économique, création d’emplois et préservation de l’environnement.
Cette architecture de gouvernance, avec son unité de gestion de projet et ses mécanismes de coordination, donne une traduction concrète à plusieurs principes centraux du NMD : cohérence des politiques publiques, subsidiarité, approche systémique, et obligation de résultats.
Les Clusters Maritimes : espaces de co-construction et d’intelligence collective
L’accent mis par Mme Fellahi sur le développement nécessaire des clusters maritimes et de la finance bleue corrobore les travaux en Hub et ouvre des perspectives prometteuses. Les clusters ne sont pas de simples zones d’activités : ils deviennent les espaces physiques et institutionnels où se rencontrent administrations, entreprises, instituts de recherche, société civile et communautés locales.
C’est là que s’incarne le binôme fondamental du NMD : un État fort et visionnaire – qui impulse, aligne, fédère et accélère – et une société plurielle, mobilisée et responsable – qui s’engage, contribue et innove. Les clusters sont ces lieux de dialogue et d’apprentissage collectif où l’on résout ensemble ce qu’aucune institution ne peut résoudre seule. Le MEF, dans ce cas, inverse la notion d’un juge et partie pour le bien commun.
Territorialisation et ODD : les régions pilotes comme laboratoires
Le NMD place les « territoires durables et résilients » au cœur de son modèle. L’économie bleue le concrétise par un choix fort : deux régions pilotes – Souss-Massa et Tanger-Tétouan-Al Hoceima – principales contributrices des secteurs halieutique et touristique. Cette approche territorialisée permet d’éprouver la convergence entre stratégies nationales (Halieutis, feuille de route portuaire, plan directeur du tourisme) et réalités locales.
L’intégration des Objectifs de Développement Durable – en particulier l’ODD14 (vie aquatique) – n’est pas une clause de style. Elle traduit l’exigence du NMD de durabilité environnementale et de soutenabilité financière. Les projets innovants soutenus par le fonds PROBLUE visent explicitement à concilier développement économique des communautés côtières et conservation des écosystèmes marins.
L’Initiative Atlantique : l’économie bleue comme projection stratégique
Cette dynamique prend une portée encore plus forte lorsqu’on la relie à l’Initiative Atlantique portée par Sa Majesté le Roi, qui ouvre le Maroc sur une politique africaine de coopération, de solidarité et de co-développement gagnant-gagnant. À travers cette vision, l’économie bleue dépasse le seul cadre national : elle devient aussi un espace de projection stratégique, d’interconnexion régionale et de partenariat africain autour de l’Atlantique.
J’y vois ainsi une illustration très forte de la doctrine d’un État stratège, capable d’impulser, d’aligner, de fédérer et d’accélérer, tout en mobilisant une société d’acteurs responsable, engagée et contributive. L’économie bleue devient alors bien plus qu’une politique publique : elle devient un cadre de transformation nationale, un espace de fidélisation des volontés, un levier de souveraineté, de durabilité, d’inclusion et de prospérité partagée.
Le défi qui reste à relever : l’accélération et l’appropriation locale
Le véritable enjeu n’est donc plus seulement d’identifier le potentiel maritime du Maroc – 3500 km de côtes, 3% du PIB seulement capté contre 5% au Portugal, alors que nos atouts sont substantiels. Il est désormais de l’organiser, de l’intégrer, de le territorialiser et de le porter collectivement à l’échelle.
La mission n’est pas facile. Inspiré par mon expérience de pilotage d’une autre stratégie nationale, je sais combien le reste à faire au niveau des régions pilotes est compliqué. Les freins identifiés par le NMD – panne de l’ascenseur social, polarisation de la société, crise de confiance, manque de cohérence des stratégies, lenteur de la transformation structurelle – ne disparaissent pas par décret. Sur le littoral, les tensions persistent entre visions sectorielles, capacités limitées du secteur public local, et risque d’imprévisibilité pour les investisseurs.
L’économie bleue n’est pas un défi technique. C’est un défi adaptatif. Un défi technique se résout par l’expertise et les instruments existants. Un défi adaptatif exige que les acteurs eux-mêmes changent leur manière de travailler, d’interagir et de décider. Les clusters sont précisément conçus comme ces espaces où l’on apprend à résoudre ensemble ce qu’aucun d’entre nous ne peut résoudre seul.
Conclusion : une opportunité historique à saisir
L’économie bleue me paraît aujourd’hui l’un des champs les plus prometteurs pour donner corps au Maroc de 2030, 2035 et 2050, tout en incarnant objectivement la doctrine centrale du Nouveau Modèle de Développement. Elle porte, de manière très concrète, l’incarnation du développement durable et des Objectifs de Développement Durable. Parce qu’elle relie l’économie, l’environnement, les territoires, l’emploi, l’innovation, la cohésion sociale et la gouvernance, elle offre un cadre rare de convergence entre performance, durabilité et responsabilité collective.
Le Maroc tient là une occasion rare de démontrer que la croissance, la durabilité et la souveraineté peuvent avancer de concert. Encore faut-il que tous les acteurs – État, régions, société civile, secteur privé – osent sortir de leurs silos. Et surtout : accélérer.
Je partage ici une susnthèse du Nouveau Modèle de Développement, qui a accompagné cette réflexion, avec la conviction que l’économie bleue représente l’un des terrains les plus féconds pour faire vivre, concrètement, les principes de convergence, de synergie et d’action collective au service du développement du Royaume.